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Translated Poems of Endre Farkas French
By Endre Farkas (Tr. Carole Beaulieu)
Jun 30, 2005, 14:02

Dès que j’ai dîné,

j’ai de la compassion pour ceux qui ont faim

et je laisse un généreux pourboire.

 

Dans le confort de l’éloignement

je suis assez rassasié pour écrire

sur les dus indus dans le monde.

 

Avec chaque image de mouches sur des lèvres desséchées

les métaphores de repas s’accumulent

comme les calories de la culpabilité.

 

Nous sommes repus d’images

nous manquons le vrai repas

et rompons le pain avec tous.

 

Nous avons de la nourriture qui vient de partout

des myriades de saveurs débordent des étagères

de nos magasins; trop pour trop peu de gens.

 

Mais, est-ce que je donnerais un peu

de ma chocolatine,

de mon vin et fromage

pour un salaire équitable quelque part?

 

Lorsque je suis rassasié, après dîner,

cela me semble juste.

 

Mais, lorsque je ne le suis pas,

bien, portons un toast à l’idée

et parlons-en au déjeuner.


 

Poème à moi même

 

Il y a une odeur dans l’air

Comme d’un dimanche sans enfant,

La pourriture tranquille des possibilités,

une vieille maison avant qu’elle s’effondre.

 

Cela

Tout juste après m’être éveillé

D’une sieste d’après‑midi,

Tout juste après avoir lu un poème

Sur un amour sans substitut.

 

Ces jours‑ci je me contente

Du lent écoulement des glaçons

Et du pas fantôme d’un enfant

Dans des escaliers qui ne m’ont jamais appartenu.

 

Il y a un parfum de lavande

qui émane des tubes d’oxygène

vendus à l’angle du boul. St‑Laurent

et de Duluth par des étrangers sympathiques.

 

Et nous entrons pour renouer notre amitié

Trop longtemps partie

Se regarder dans les rues enneigées

dans trop de villes qu’elle ne veut pas habiter.

 

J’en ai plein le dos

de me maintenir et d’écouter

des amis dont la vie

a toujours été plus importante

que l’air confiné, mais de justesse.

 

Donc, je suis humilié et je trébuche

vers le sommeil solennel

qui sent le dimanche après‑midi terreux


 

Nuits ethniques

 

À peine debout

nous parcourons, songeurs, les steppes en évolution,

les montagnes, les continents encore liés,

pour répandre nos quelques semences çà et là.

 

Et, entre les ères glaciaires,

chassant pour manger,

chassés pour être mangés,

nous aboutissons çà et là.

 

Certains d’entre nous, portant des casques, des capuches

et des noms comme Lief et Giovanni

Jacques et Henry

sont envoyés par des dieux et des rois féroces

traverser les flots turbulents pour faire des raids çà

et là.

 

Mesures épiques,

Trouille bleue,

nous partons à la voile, bien agrippés

et envoyons des baisers passionnés

le long du littoral barbelé

çà et là.

 

Poussés çà et là

par nécessité, par avidité et

par l’évidence,

nous tendons nos filets dans le golfe d’abondance

et amenons, vidons, fumons et bouillons,

plantons et infectons

en gage de domination de cette terre sauvage.

 

Nous nous installons çà et là, et nos racines

combinent pour faire fortune, quêtent et construisent des empires

et continuent de chercher à sortir d’ici.

 

Nous continuons de venir

torturer consonnes et voyelles

au désarroi des gens de là-bas,

maintenant ici.

Nous sommes des générations

entassées dans des appartements,

pris d’une frénésie de reproduction

effrayant les gens d’ici

jusqu’à l’infertilité.

 

Et voilà que c’est eux et nous.

nous allons et venons

armés de croyances aussi tranchantes

et aussi contondantes que la désillusion.

Nous nous découpons en lambeaux

 

Nous remplissons le ciel boréal d’étoiles

novas, naissantes, filantes

brûlant d’ambition

et prêts à négocier, arnaquer et rêver

comme l’imagination se tourne çà et là.

 

Puis,

la nuit ethnique couvre le ciel

et le monde, comme un édredon, par une nuit d’hiver,

comme la sueur, par une nuit humide sans sommeil

comme un amant, une amante

qui sait que les bras servent à enlacer

et que les langues servent à goûter

 

Et si nous devons être ici

Pourquoi ne pas rêver de cela?


 

Mots du vieux pays

 

Tu l'as dit

ou peut être moi

qu'importe l’un de nous a déclaré que

á certains moments

comme toujours

nous nous sentons

comme des immigrants en nous-mêmes

Pourquoi sommes-nous partis nous ne le savons pas

 

et même si nous le savions

il n'y a pas de choix quand á 1'arrivée

On nous donne une forme usée dans laquelle nous nous glissons

comme dans un silence de seconde main

 

et nous venons dans ce pays

cet espace vide et parfait

avec des valises usagées et des poumons pleins de langues étrangères á oublier

 

Celle qu'on parle ici

est accentuée par la fourrure et le feu

 


 

La salle d’attente

 

La salle d’attente

est une respiration profonde.

Et retiens ton souffle

jusqu’à ce que chaque cellule vivante

se remplisse du poids mort de l’attente.

 

Et retiens ton souffle

jusqu’à ce qu’il déchire

tes poumons brûlants.

 

Et retiens ton souffle

jusqu’à ce qu’il te batte les tympans

 

Et retiens ton souffle

jusqu’à ce qu’il fixe le vide d’un regard effrayé.

 

Et tu ne fais que commencer.

 

La salle d’attente

est l’Enfer de l’impuissance

des souffles retenus.

 

Et tu ne fais que commencer.

 

La salle d’attente

est remplie des microbes de la crainte

qui assaillent les systèmes immunitaires affaiblis

qui sont affalés dans le fond des divans,

qui fixent les regards fixes

se soutenant le front, le menton pendant.

 

Et tu ne fais que commencer.

 

La salle d’attente

est remplie de voix envahissantes

qui flambent les cordes vocales de la foi,

asséchant, fendant et brûlant les lèvres

qui murmurent une prière presque inaudible.

 

Et tu ne fais que commencer.

Et tu ne fais que commencer.


 

La confesseure

 

Confesseure,

aussi profonde que l’imaginaire,

au-delà de l’envers et

au-delà même de la notion de l’envers.

Tu es assise dans le fauteuil, bière à la main,

cigarette qui monte en cendres;

tu donnes congé aux bornes que je traîne.

 

Confesseure,

comme l’inspiration qui m’invite

à scruter mes propres ténèbres

et à marcher dans ma propre chiasse.

 

Pas moyen d’oublier.

Le souvenir est l’un

des baumes que tu expires

comme un dragon, son feu.

Pas pour brûler,

mais pour détendre l’atmosphère.

 

L’initiation à ce lieu

n’est pas pour qui demande,

mais pour qui ne demande pas,

qui écoute les battements du cœur,

les chagrins et le cœur.

 

Et oui, tu fais bien.

Au mauvais moment,

à la bonne personne,

au mauvais endroit, dans une langue

aussi ancienne que la façon de la parler

avec une langue qui est profonde et qui va

à l’envers de mes craintes

 

Voici le moment,

tandis que j’ai ta langue et ton oreille,

de bégayer les mots

jusque là cryogénisés.

 

Merci de la tâche ingrate,

celle d’être l’autre moi. 

 


 

Je t'aime

 

Je t'aime

comme façon de commencer le poème

toujours en train de m'en venir

je suis,

avec l'urgence du quotidien

et son continuel changement d'accent,

comme des personnages de toutes les classes qui

se réunissent, s'asseoient ensemble

sur des banquettes de restaurants pour partager les rituels secrets

 

je t'aime

en pleine nuit

comme le portier de nuit qui sait la beauté des chances

et signera uniquement notre vrai nom

celuí auquel nous répondons

 

je t'aime

comme un proche parent,

par naissance par dessein,

par mort, en révolution

constamment

 

je t'aime

la chanson se poursuit 24 heures par jour au rythme

simple

comme d'un cœur

répété

répétées les variantes sont une de plus que beaucoup

et sont répercutées á travers les ondes

messager et message

 

 je t'aime

comme un étranger ici      amour

qui, ignorant son langage,

ne touche que la violence du moment

et appelle des noms familiers avec de nouvelles voix

 

je t'aime

comme dans ce labyrinthe saint et fou

qui serpente dans les ruelles s'amoncellent les rêves

les hangars sollicitent allumettes et gazoline

le nouveau jardin

jouxte la rue principale

prés de la montagne couronnée de tombes et d'un souffle gris

qui reste le sanctuaire de ceux qui s'étreignent

 

je t'aime

comme les fous leur état

 

comme les fous au bout de l’île

qui déambulent et regardent á travers les fenêtres

et dans chacune

voient un homme nu qui joue du violon


 

Dans la chaleur de la nuit

 

Hier soir nous avons fait l'amour.

Nous avons franchi des frontières

et traversé sans peur des pays.

Avec des bouquets de baisers

nous nous sommes accueillis comme des héros

qui n'avaient conquis personne.

Partout des implosions d'extase

et nous respirions d'un seul souffle.

Sans peur, nus,

couches l'un contre 1'autre,

nous avons dormi et nous avons rêvé.

 

Ce soir a la guerre.

Des hommes et leurs machines sont en mouvement.

Des tanks roulent, croisent la peau grumeleuse du sable.

Les franc-tireurs visent,

des doigts caressent les gâchettes

bien huilées.

Et 1'extase de ce soir

tient au centre de la mire.

  

Ce soir a la guerre.

Des hommes et leurs machines sont en mouvement.

Des tanks roulent, croisent la peau grumeleuse du sable.

Les franc-tireurs visent,

des doigts caressent les gâchettes

bien huilées.

Et 1'extase de ce soir

tient au centre de la mire.

 

On tue mieux la nuit

quand les sens sont le plus éveillés

et 1'imagination plus vive

pour conjurer les terreurs de 1'ombre

projetées par une lune lyrique.

Des humains hurlent, des prédateurs

fabriques enfoncent leurs talons

dans leur propre espèce.

 

Amour, l'aube révèle

des visages labourés d'éclats d'obus,

du sang qui jaillit et

1'évaporation d'humeurs vivantes

où il y avait un ventre.

Le brillant soleil du matin

se lève

du regard brillé des yeux des morts

 

 


 

Au bout de l’île

Au bout de l’île

où l’eau nage jusqu’à la grève

et monte sur la terre

et la terre s’agenouille,

et s’effondre dans l’eau.

Les goélands décrivent des cercles, des spirales, puis plongent

et saisissent des palourdes

pour les laisser tomber sur les pierres pour s’ouvrir

et, comme des goélands,

ils crient, se chamaillent

et se disputent la chair tendre

 

les pêcheurs hameçonnent des vers

grouillants pour le sport

et lancent leurs lignes dans l’eau morte

et, comme des ornements de jardin, ils s’assoient et attendent.

 

Des amants déambulent main dans la main

bras dessus, bras dessous, cœurs enlacés

tripes fiancées, âmes mariées

et engagés dans d’autres prises désespérées

pour voir la relève de la garde :

le lent coucher du soleil,

le lent lever de la lune.

 

D’autres grimpent sur les ponts rouillés

et sautent.



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